Il est bien qu'un site comme celui-ci ait été créé pour donner une version sobre et réaliste de ce qui c'est réellement déroulé. Je revis cette peur reste ancrée dans ma mémoire...elle est apparue pour la première fois à l'entrée du pont où des militaires zaïrois nous ont empêchés de passer en criant "rudyia Kolwezi, mercenaires..." en menaçant du fusil comme s'ils voulaient les assomer d'un coup de crosse, des enfants noirs qui étaient assis à l'arrière du pickup devant nous... Depuis, cette peur physique, viscérale, humiliante ne m'a pas quittée jusqu'au moment où nous avons ouvert la barrière de notre maison à Kakanda. Nous étions, mon ex-mari, mon frère et moi en vacances dans la maison de mes paretns située au bord du lac Katebe. Rien que d'y penser, et quand je le raconte à des amis d'ici, mes entraillent vibrent. Hommage très tardif à Roger Landressi et sa femme Rosa qui sont venus nous rechercher à Katebe, nous ont accueillis, nourris, soutenus et qui ont palabré toute la journée auprès des militaires ivres-morts et sûrement chanvrés pour qu'ils nous laissent partir et rentrer chez nous à Kakanda... souvenir de ces deux Grecs qui se faisaient tabasser par les mêmes militaires car ils voulaient repasser le pont pour rentrer à Kolwézi rejoindre leur famille...souvenir de Ghislaine Hottermans qui s'est fait giffler (je revois ses lunettes valser par terre parce qu'elle ne se levait pas assez vite et du coup de crosse dans le dos qu'a reçu Alain mon mari qui s'interposait (il s'est retourné pour réagir et a été paralysé en lisant la peur meurtrière dans les yeux du soldat)... souvenir de ma conversation avec ce militaire qui me disait que j'allais devenir "bibi ya soldat" (je parle le swahili et tentais désespérément de négocier pour sortir de ma terreur)...hommage aussi à ce militaire zaïrois, venu "au front", et qui, ayant reconnu mon mari nous a aidés à partir (accompagnés d'un gradé mourant de trouille qui décréta "aller au rapport")...
Hommage à tous ces gens qui, eux, ont vécu une terreur encore plus atroce, à Kolwézi-même, tapis dans leur cachette : je peux les comprendre, je l'ai vécue, cette peur.
Merci pour eux pour ce site.
- De
RAIMONDO
le 8/1/2005.
Pays: France
Région: ALPES MARITIMES
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